

C'est peut-être l'une des petites chaises les plus populaires du moment – on en voit des dizaines sur ebay – mais je suis tentée d'émettre un doute sur sa paternité. En s'appuyant sur l'image ci-dessus, extraite de la 2e édition de
L'Art ménager français, parue chez Flammarion en 1963, et dont la section « Mobilier » avait été dirigée par Marcel Gascoin, bon nombre de marchands attribuent trop facilement cette chaise au « décorateur » sus-cité. Il a certes conçu la cloison-placard présentée sur cette image, avec sa porte coulissante qui découvre une penderie. Inspiré par le mobilier de marine, et attaché au travail du bois, Marcel Gascoin a développé des meubles de série pour répondre à un souci de rationalisation de l'espace au moment de la Reconstruction. L'historien Pierre Gencey lui a consacré un excellent
article sur wikipedia, et a notamment contribué à la reconstitution de l'
appartement témoin Perret au Havre en 2006, présentant une chambre d'enfants aménagée avec du mobilier du décorateur. La petite chaise s'y trouve à nouveau mais ne pas s'y fier...
L'image reproduite dans
L'Art ménager français est en fait issue de l'appartement idéal présenté par
Paris-Match au Salon des arts ménagers de 1952. Un logis-type de 74 m2, construit dans l'enceinte du Salon, comprenant 4 pièces avec des aménagements pensés pour répondre « idéalement » aux besoins d'un jeune ménage avec deux enfants : le « quatre-pièces radieux ». Grâce aux cloisons mobiles, les espaces de dégagement peuvent varier en fonction des heures de la journée. La société ARHEC (Marcel Gascoin) signe les éléments de rangement et les cloisons meubles, Jean Prouvé est mentionné pour le lit et la table, et Charlotte Perriand pour les tables gigognes. Plus de 70 sociétés apportent leur concours. Rien n'indique que les petites chaises présentées dans la chambre d'enfants sont de Marcel Gascoin.


En revanche, un document extrait d'un numéro d'
Architecture française de 1950 (gentiment communiqué par Pierre Gencey) reproduit cette petite chaise et la table assortie. On distingue deux fabricants : Mullca pour le modèle avec les pieds arrière légèrement coudés, et Mobilor pour celui avec les pieds arrondis.
Marcel Gascoin aurait-il travaillé pour ces deux fournisseurs de mobilier scolaire ? Je me permets d'en douter mais je me réjouirais de recevoir une quelconque information à ce sujet.
Sur l'appartement témoin Perret, voir l'ouvrage d'Élisabeth Chauvin
et Pierre Gencey, Appartements de la Reconstruction du Havre,
éditions Point de Vue/ville du Havre, 2007. Très riche documentation.